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Revues de presse

Entretien avec Mamadou Dia de la sénégalaise des eaux à l’occasion des 17 ème congres de l'AAE

« Le leadership, c’est l’intelligence des dirigeants d’entreprise d’eau à freiner l’ingérence négative du politique »

 Invité en tant qu’expert au 17ème Congrès de l’Association africaine de l’eau ( Glossary Link AAE), Mamadou Dia, avec plus de trente ans de management dans la distribution de l’eau au Sénégal, est intervenu dans plusieurs panels pour partager ses expériences. Nous l’avons abordé juste après son exposé sur la problématique du leadership dans ce secteur. Sans détour et sans tabou, il parle de la question et des insuffisances dans la gestion des sociétés de distribution d’eau en Afrique.

 L’Evénement Précis: Quelles sont les problématiques de leadership auxquelles fait face l’Association africaine de l’eau ?

 Mamadou Dia : Vous savez, les entreprises de distribution d’eau ou d’assainissement sont de niveaux extrêmement différents. Certaines font face à des difficultés de ressources. D’autres ont des problèmes de gouvernance. Mais, il y en a qui ont des difficultés relatives à une absence de leadership, c’est-à-dire qu’elles n’ont pas de définitions claires ou de visions claires et stratégiques de ce qu’il faut faire dans l’entreprise. Ce qu’on tente aujourd’hui au niveau de l’association et qui justifie la session plénière sur le leadership, c’est de mobiliser les entreprises autour de contrats de performances ; qu’est-ce que le client attend d’une société d’eau ? Que la société soit publique ou privée, les clients s’attendent à recevoir une eau de qualité en quantité et au tarif abordable, donc acceptable. Et c’est sur cela que le leadership doit s’exercer, c’est-à-dire la capacité à faire travailler les autres, la capacité à avoir une vision stratégique, la capacité à former des collaborateurs afin qu’il y ait une adhésion aux objectifs de l’entreprise. Je crois que c’est tout cet ensemble qui devrait conduire à des performances de l’entreprise qui réponde aux attentes des clients. En réalité, le client, aujourd’hui, c’est lui qui doit être au cœur des préoccupations des entreprises d’eau et d’assainissement. Il faut donc l’écouter et savoir exploiter ses réclamations, ses récriminations, ses attentes exprimées et non exprimées afin de le satisfaire. Donc, on voit qu’il y a plusieurs relais, plusieurs niveaux, mais le leadership doit se bâtir davantage encore en Afrique. Il doit se bâtir autour de la bonne gouvernance, autour des valeurs, des attitudes, des comportements des uns et des autres dans une entreprise.

 Vous avez dit, hier, au symposium qu’il y a, en Afrique, un problème de planification des ressources en eau et des projets d’assainissement. Est-ce à dire que le leadership africain a échoué dans le secteur de la distribution d’eau et du management des projets ou initiatives liées à l’assainissement ?

 Je ne pense pas qu’il s’agisse d’un échec. Il s’agit de problèmes de financement. Un financement qui doit se baser sur la planification. Parfois, elle n’est pas réaliste. On est souvent du genre optimiste en disant ‘’je vais réaliser tel projet dans un an ou dans deux ans sans avoir résolu, au préalable, l’ensemble des éléments ou des facteurs clés de succès de la mise en œuvre de ce projet. La recherche de financement, les études techniques, les appels d’offre, le choix des entreprises, les contraintes qu’on rencontre dans les procédures de passation des marchés. Il y a donc un certain nombre de contraintes dont doit tenir compte la planification et qu’elle ignore. Qu’est-ce qui me fait dire cela ? Souvent les entreprises africaines courent derrière la résolution des problèmes de déficit en eau, des résolutions des problèmes d’extension des réseaux d’assainissement. Il faut analyser les causes et chercher ce qui est à l’origine des choses. Et pour moi, il y a un problème de financement, un problème de planification et aussi un problème de manque d’anticipation dans ce que l’on fait pour pouvoir être toujours au niveau de la demande des populations.

 Qu’est-ce qu’il faut faire ?

 Je crois que nous devons être assez pragmatiques dans ce que nous réalisons. Quand on initie un projet, il faut disposer, au préalable, d’un plan directeur, lancer des études complètes et ensuite tenir compte du temps moyen que met un bailleur de fonds pour pouvoir mettre à votre disposition des financements. Il faut regarder aussi les goulots d’étranglement qui sont générés par les contraintes des marchés publics. En fonction de tout cela, se donner une date réaliste

de mise en œuvre du projet ; une date qui peut chevaucher entre la période où on arrive à la fin d’un cycle de projets et le début de la mise en œuvre d’un autre cycle de projets. C’est cette jonction qu’il faut étudier. Cela demandera donc des analyses, des études, des comportements et une volonté politique à appuyer les sociétés.

 Parlant justement de volonté politique, est-ce que l’ingérence des hommes politiques ou des pouvoirs politiques dans la gestion des sociétés publiques de distribution, ne constitue pas un handicap pour le leadership dont vous parlez ici à ce congrès ?

 Moi, je ne veux pas parler d’ingérence. Je pense que quand on parle de leadership, c’est l’intelligence de tirer profit de l’ingérence politique et de pouvoir aussi, de façon diplomatique, freiner l’ingérence négative du politique. Cela me paraît excessivement important. Un facteur clé de succès dans les réformes, dans la conduite des entreprises, c’est la capacité des dirigeants d’entreprise à mener un dialogue avec les décideurs institutionnels partout où ils se trouvent. C’est cela qui permet de trouver les bonnes solutions. Je prends l’exemple du Sénégal, le succès de la réforme a été le résultat de la capacité des différentes parties impliquées à dialoguer.

 Propos recueillis à Abidjan par A. P. Virgil HOUESSOU (L’événement précis/Bénin), Paule Kadja TRAORE (Walfadjiri/Sénégal) et Salvador GOMES (Agence bissau-guinéenne de presse/Guinée-Bissau)

Lu 346 fois Dernière modification le mercredi, 18 mars 2015

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