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Revues de presse

Entretien avec El Hadj Bara Diène de la compagnie indépendante de la finance islamique en Afrique

« Les investisseurs islamiques pourraient être sensibles à l'investissement dans le secteur de l'eau et de l'assainissement en Afrique »

Expert financier et spécialiste de la finance islamique, El Hadj Bara Diène est convaincu que les financements des fonds islamiques et des sukuk peuvent aider les pays africains à relever les défis du secteur de l'eau et de l'assainissement. Dans cet entretien qu'il nous a accordé, il relève les limites de la finance classique, met l'accent sur l'absence d'intérêt et de conditions moins contraignantes au niveau de la finance islamique tout en évoquant comment ces sources novatrices et alternatives pourraient aider à maintenir le cap de réalisation mais aussi permettre de surmonter les contraintes de rareté des financements.

L'Evénement Précis : Qu'est-ce que les financements des fonds islamiques et des Sukuk peuvent apporter au secteur de l'eau et de l'assainissement en Afrique ?


El Hadj Bara Diène : Le secteur de l'eau et de l'assainissement représente un enjeu vital pour l'Afrique. C'est un secteur auquel des investisseurs islamiques pourraient être sensibles non seulement pour les dimensions éthique et responsable de la finance islamique, mais aussi parce que cette dernière constituerait un moyen de diversification de placement. C'est un secteur qui se prête aussi aux financements dits « asset-backed » et « asset-based ». Ce sont des termes qui indiquent des revenus générés par les actifs tangibles sous-jacents et qui serviront à rembourser les investisseurs. L'Afrique a besoin de sources de financement pour répondre à ses besoins d'investissements dans ce secteur. Il faut savoir rechercher ces sources-là. C'est pourquoi, il faut surtout retenir que le pool de liquidité, depuis la crise financière de 2008, se trouve principalement au Moyen Orient où il est soutenu par les revenus du pétrole.

En quoi les fonds islamiques et le Sukuk sont-ils des sources alternatives de financement des infrastructures et diffèrent dans autres financements venus des pays développés ou des autres organismes financiers?

Économiquement, les sukuk et les fonds d'investissements islamiques sont équivalents aux obligations et aux fonds conventionnels, mais ils sont structurés conformément aux préceptes de la charia. Ils sont d'abord liés à l'économie réelle, en ce qu'ils sont adossés à des actifs tangibles. L'intérêt et l'usure, c'es-tà- dire, le riba est prohibé. Ce qui veut dire que l'argent n'est qu'un moyen d'échange. C'est dire que le concept de time value of money n'existe pas. En effet, les revenus générés par l'actif tangible constituent la source unique de remboursement des investisseurs. C'est l'«asset backed securities ». D'autres principes différencient ces instruments de ceux de la finance conventionnelle comme le partage des profits et des pertes entre les différents protagonistes et l'interdiction de la spéculation. C'est pour ces raisons que les instruments de la finance islamique ont fait preuve de résilience lors de la crise financière de 2008 et qu'ils sont actuellement sursouscrits.

Quels sont les avantages de ces fonds islamiques et des Sukuk pour l'Afrique et quelle est aujourd'hui la part des pays africains dans la répartition de ces fonds ?

La finance islamique peut constituer une source supplémentaire de financement d'infrastructures en Afrique et elle est parfaitement adaptée à ces classes d'actifs comme les biens immobiliers, les infrastructures routières, les barrages hydro-électriques et autres. Certains pays de l'Afrique ont montré un grand intérêt pour la finance islamique. C'est le cas de la Gambie, du Soudan et du Nigéria qui ont émis des sukuk en 2013. Le Sénégal, l'Afrique du Sud, le Kenya et le Maroc devraient émettre des sukuk avant la fin de l'année 2014. Il y a aussi la Tunisie et l'Egypte qui ont déclaré leur intention d'exploiter le marché des sukuk et, pour cette raison, ils ont adopté des lois relatives à la finance islamique.

Quels sont les organismes qui s'occupent des fonds islamiques et des sukuk?

Les sukuk et les fonds islamiques sont soumis aux lois nationales des émetteurs. En principe, le législateur se réfère, pour adopter des lois relatives à la finance islamique, aux normes édictées par des infrastructures dédiées à la finance islamique comme l'AAOIFI qu'on définit en anglais comme The Accounting and Auditing Organization for Islamic Financial Institutions et aussi l'IIFM, c'est-à-dire The International Islamic Financial Market (Ndlr : cf. les normes charia, de comptabilité...et les instruments de couverture des risques). Nous avons d'ailleurs participer, en tant que membre de la Commission Finance Islamique de Paris EUROPLACE, à la traduction des normes charia de l'AAOIFI, à la structuration de deux schémas d'émission de sukuk, à la rédaction de quatre instructions fiscales relatives à la murabaha, aux sukuk d'investissements, à l'ijara et à l'istisna, etc. Nous avons également participé à la certification de produits d'assurance-vie charia-compatibles en tant que Responsable du Pôle Financier du Comité Indépendant de la Finance Islamique en Europe (CIFIE). Aujourd'hui, la CIFIA qui est la Compagnie Indépendante de la Finance Islamique en Afrique, en partenariat avec des bailleurs de fonds, accompagne des organismes regroupant plusieurs États ainsi que des sociétés évoluant dans le domaine de l'eau et de l'assainissement dans des projets de mise en place de fonds islamiques et de sukuk en prenant en charge toutes les étapes de vie de ces produits, de l'étude de faisabilité à l'investissement en passant par la structuration et la levée de fonds.

Propos recueillis à Abidjan par A. P. Virgil HOUESSOU (L'événement précis/Bénin) et Paule Kadja TRAORE (Walfadjiri/Sénégal).

Lu 400 fois Dernière modification le mercredi, 18 mars 2015

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